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LA LIBERTE POUR SON PRENOM SELON JACQUES ATTALI

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Catégories : PRENOM & NOM

PRENOM NOM CHANGEMENT

Changer de prénom

LE 12 NOVEMBRE 2012 17H31 | PAR JACQUES ATTALI

En ces temps de réflexion sur les libertés nouvelles que chacun pourrait se voir accorder, il en est une, à laquelle nul ne réfléchit assez, à mon sens, qui concerne l’identité.  Pourquoi faudrait-il accepter le nom, et le prénom que nos parents nous imposent ? Ne peut-on s’en choisir un ? Au moins, pour commencer, ne pourrait-on laisser chacun choisir librement, à l’âge adulte, son prénom ?

On connait tous des gens qui souffrent affreusement du prénom dont on les affublés. Dans le passé, la plupart des gens s’y résignaient. De plus en plus   le refusent et  utilisent  leur  deuxième prénom, ou un troisième  ou un pseudo. Autorisons cela beaucoup plus librement.

Un peu d’histoire : au départ, dans toute culture, le   prénom est  une nécessité pour distinguer les membres d’une tribu et une façon de marquer l’enfant comme  la propriété de ses parents et de ses ancêtres.  Il  porte aussi des vertus magiques et il est même des cultures où il  doit rester secret, comme chez les Navajos ou les Mongols (cultures  en fait très proches) pour  conserver sa force protectrice contre les mauvais esprits.

Pendant très longtemps, le prénom  suffisait pour désigner quelqu’un et  les  noms de famille n’existent pas. C’est encore vrai à Athènes, chez les Hébreux, à Rome et  pendant tout le premier millénaire européen : Alexandre est connu comme tel ; Jules n’est pas le prénom de César ;  Michel Angelo, comme Rembrandt,  sont des prénoms.

C’est encore vrai dans de nombreuses civilisations aujourd’hui : en  Russie, il est poli de nommer quelqu’un par son prénom suivi de celui de son père, sans son nom. Et on nomme encore  aujourd’hui d’un seul prénom suivi d’un numéro les monarques  et les papes.

Les noms de famille n’apparaissent  qu’à la fin du Moyen-Age, en Europe, quand la croissance démographique et la mobilité des gens exigent une précision pour nommer ceux qui portent le  même prénom. Ces noms de famille désignent d’abord des  lieux ou des métiers, puis se modifient, au gré des fantaisies des registres d’état civil.

Les prénoms ont  eux aussi, au départ, des significations oubliées : qui se souvient que Quentin veut dire « cinquième », Octave « huitième », Benjamin «  fils du Sud »,  Mélanie   « brune »  ou Vladimir « prince régnant pacifiquement ».

Le choix des prénoms   est d’abord imposé par le père et il  est souvent celui des grands parents.  Pour les migrants, les prénoms des enfants est  depuis toujours la première façon de s’intégrer dans une culture, en puisant parmi  ceux du pays d’accueil.  Aujourd’hui, en particulier dans les sociétés où le tutoiement n’existe pas, le prénom reprend  le pas sur les noms pour désigner les gens. Et ils retrouvent une importance considérable.

Seulement voilà, il est très difficile d’en changer. En France,  en particulier, l’Article 60 (Loi 93-22, 8 janvier 1993)  du Code Civil  exige pour  cela de justifier que le prénom porte vraiment tort  et donc  «  d’un intérêt légitime ». «  La demande est portée devant le juge aux affaires familiales à la requête de l’intéressé ou, s’il s’agit d’un incapable, à la requête de son représentant légal…. Si l’enfant est âgé de plus de treize ans, son consentement personnel est requis  ».

Je propose de modifier cet article du Code Civil,  pour affirmer  qu’il appartient à chaque personne, à partir de  l’âge de 18 ans, de choisir librement  son prénom.

Il doit   cependant y avoir  une limite à cette liberté, comme à toute autre : on ne peut aller jusqu’à consommer des prénoms comme des objets de mode,  en en changeant chaque année. Ce choix, une fois fait, sera irréversible. Les prénoms diront alors non pas ce que nos parents ont rêvé pour nous mais ce que nous rêvons pour nous-même, ce qui est, sans doute, au moins aussi important.

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